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Libéralisme et dirigisme

Il devient difficile de connaître le vrai sens du mot libéralisme, tant il est mis à toutes les sauces par la pensée unique, responsable de tous les maux. Tout ce qui n’est pas bon est libéral, voire ultra libéral.

Alors pour en retrouver le sens, j’ai cherché sur internet le contraire ou l’antonyme de libéralisme. Impressionnant !  « Absolutisme, autoritarisme, dirigisme, socialisme, fascisme, totalitarisme, étatisme, étroitesse, communisme, marxisme, autocratie, dictature, sectarisme, anarchisme, arbitraire, collectivisme, despotisme, monocratie,.. Essayez, je n’invente rien (http://lecontraire.com/liberalisme/ ou http://www.antonyme.org/antonyme/libéralisme).  Pourquoi la pensée unique dénigre tant le libéralisme ! Pour défendre ces doctrines ?

Pour Larousse, le libéralisme est une doctrine politique et économique visant à limiter les pouvoirs de l’État, privilégiant l’individu et sa liberté, ainsi que le libre jeu des actions individuelles conduisant à l’intérêt général.

On ne peut à la fois dénigrer le libéralisme, au profit d’une politique opposée, et prétendre défendre les individus et les libertés.

Intéressons-nous au versant économique du décrié libéralisme en nous en tenant aux faits, aux résultats de cette politique dans les pays où l’Etat intervient le moins possible. La Suisse par exemple où l’Etat est réduit au strict minimum. Je me souviens à mon arrivée dans ce pays en 1957, un franc suisse valait un peu plus d’un franc français. Aujourd’hui, après 60 ans de politique libérale (et de libre échange, doctrine du pays) un franc suisse vaut 6 francs français (un peu moins d’un euro). Cela veut dire quoi en pratique ? Si vous aviez un billet de 100 FF et un de 100 FS à l’époque, aujourd’hui votre billet de 100 FF vaut toujours 100 FF, mais celui de 100 FS vaut 5 à 600 FF. Ceci sans rien faire, sans avoir été placé, quelle que soit l’inflation. A activité égale, à richesse égale au départ, vous êtes 5 à 6 fois plus riche.

Comment se fait-il ? C’est simple : moins d’Etat, moins de dépenses. En France l’Etat dépense 57% de ce que nous produisons (PIB). S ‘il dépensait seulement 10% de moins pour nous le laisser, et ce chaque année, avec les intérêts cumulés, on arrive vite à six fois plus, même avec seulement 5% de dépenses en moins.

Vous me direz qu’il y a des inconvénients, que le système de santé est moins bon. Pas sûr. Les fiches de paye sont plus garnies, les gens s’assurent et je n’ai jamais entendu dire qu’ils étaient moins bien soignés, alors qu’en France ce n’est plus le cas. Vous me direz aussi qu’ils sont refermés peu solidaires, égoïstes, encore faux. Il y a deux ans la Suisse a accueilli 76 000 migrants pour 8 millions d’habitants, soit à notre échelle 600 000, en leur fournissant du travail. La meilleure protection sociale et contre la pauvreté n’est-ce pas le travail ?

Je ferais quand même une critique : c’est un Etat très « fliqué ». Mais comme à Singapour, si vous demandez aux habitants, ils vous répondent que c’est leur choix. Dans ces pays, les limites de la liberté sont de ne pas gêner les autres.

Autre exemple, le Canada. En 1992, après 22 ans de déficits budgétaires et une dette de 70% du PIB, ils ont décidé d’alléger l’Etat. 1,3 millions de postes de fonctionnaires (23%) supprimés. Depuis les budgets sont équilibrés (chez nous le dernier date de Michel Debré), et la dette est retombée à 30%. Il a été créé plus d’emplois qu’il n’en a été supprimé, le taux de chômage passant de 11 à 7%. Dans le même temps nous sommes passés de 6 à 10% en passant par 12% et en modifiant les modes de calcul.

Trop d’Etat tue l’Etat. Liberté et responsabilité sont indissociables, tout comme collectivisme et irresponsabilité. Responsabilité et efficacité vont de pair, tout comme irresponsabilité et gabegie.

Gérard Maudrux

Gérard Maudrux

19 Commentaires

  1. sauf que les fonctionnaires ou les salariés e létat que l ‘on va suprimer sont aussi dans les hoptiaux déjà lis à mal par la T2A et les médecins des hôpitaux ne travaillent pas 35h mais au minimum 48h et en fait souvent 50 à 60h par semiane

  2. Bravo Gérard,
    Merci pour la pertinence et la simplicité de ton article, si clair et si clairvoyant,
    continue,
    au plaisir de te lire,
    et passe de bonnes fêtes,
    Dr Jérôme Lefrançois

  3. Bonsoir cher confrère

    Après 2 ans à me demander si je devais accepter la CARMF 😉 et l’URSSAF comme maîtres à payer, j’ai préféré partir à mon tour en Suisse.

    Et j’ai découvert, non pas un paradis, mais simplement un endroit où le métier permet d’investir dans son cabinet pour le bien du patient, d’être plus efficace, et au final de faire de la meilleure médecine.
    Et je me sens beaucoup plus libre, et mois stressé…

    La France a encore perdu un de ses médecins.

  4. Je félicite Monsieur Maudrux de redécouvrir les mérites du libéralisme. On pourrait aller beaucoup plus loin dans cette direction. Ce n’est pas vraiment le lieu pour reprendre ici les analyses du philosophe Michel Foucault et du rapport entre libéralisme et système de santé. Disons simplement que la médecine de santé aujourd’hui ne s’ordonne plus à la réduction ou l’annulation d’un état pathologique, mais se donne pour objectif de protéger et d’améliorer la qualité de vie de chaque individu. A partir du moment où les besoins de santé ne sont plus rapportés à des normes médicales et où elles sont l’objet d’un désir, leur rapport à l’économie devient un rapport sans médiation et non plus de subordination à des impératifs scientifiques. La régulation de la santé doit donc être réfléchie à partir de l’économie. D’autant que dans un tel contexte, où tend à disparaître l’instance du pathologique, c’est précisément vers des schémas comportementalistes et environnementalistes qui vont permettre de redéfinir la notion de santé : c’est de plus en plus comme équilibre relatif et dynamique avec son environnement, voire sa capacité à s’adapter à celui-ci qu’elle pourra être objectivée.Bref la médecine est entièrement tombé dans l’économie, et de ce fait seuls des mécanismes de type libéral peuvent réguler la santé. Ces mécanises conduisent le sujet à devenir responsable ou l’artisan de sa santé.La rationalité libérale ne distingue pas l’être-malade et l’être-en-santé, elle ne reconnaît qu’un « continuum de la santé », une gradation allant du sujet atteint par les pathologies les plus extrêmes au sujet majoré dans ses aptitudes à valoriser son capital humain dans le travail. Pour le dire plus simplement le libéralisme c’est beaucoup plus qu’une théorie économique ,c’est l’instauration d’un nouveau rapport de l’homme à sa santé.

    • Très juste, le libéralisme n’est pas qu’économique, et être libéral ou responsable sont deux états pas si éloignés que les mots ne pourraient le faire croire.
      .

  5. Bonsoir Gérard,
    C’est toujours un plaisir de te lire.J’ai essayé dernièrement d’expliquer à ma future belle-fille,infirmière et socialiste dans l’âme ,pourquoi le programme de Fillon insiste sur le danger de la dette (en croissance continue),et la nécessitée réduire le nombre de fonctionnaires,cad le poids des dépenses publiques;mais j’ai eu beaucoup de mal car la réponse immédiate a fusé(effectivement comme un mantra)alors il faut réduire les infirmières?les policiers?…
    Je vais persister et lui envoyer ton article!
    Amitiés,Jean

    • Expliques lui qu’elle ne s’inquiète pas : une infirmière produit, y compris dans la fonction publique. Les postes qui posent problème ne sont que ceux qui ne produisent rien et ne sont que dépenses. Tu enlèves une infirmière, cela manque. Tu enlèves certains fonctionnaires ou élus, cela ne manque pas, alors on peut supprimer. Belgique, Espagne ont vécu sans gouvernement quelques mois, cela n’a rien changé. En Italie, 63 gouvernements en 68 ans, à mon avis tu supprimes, cela marche pareil. Amitiés

  6. Merci au Dr MAUDRUX pour ce blog qui est régulièrement lu et partagè, et qui invite à la réflexion sur l’evolution de notre société.
    Continuez à nous faire réfléchir.
    Bonne fin d’année à vous et à vos proches.

  7. il s’agit simplement d’un déni de réalité dont nous sommes eeul à nous guérir si nous en devenons conscient

  8. je ne pense pas qu’il s’agisse d’hypnose. cela rendrait les autres responsables. non , nous sommes seulement atteint d’un déni de réalité. ce n’est pas aux médecins qui croient tout savoir que je vais apprendre ce qu’est le syndrome de déni. pensez y

    • Je ne suis pas sûr. Presse, politiques, syndicats ont hypnotisé les Français en répétant toujours la même litanie jusqu’à perte de conscience, et ils ne sont pas prêts de nous réveiller tant ils en profitent. Ceci dit comme nous ne sommes pas vraiment endormis, il y a effectivement déni de réalité. Cela me rappelle l’attitude de cette vieille dame au salon du livre en 2001, venue me féliciter pour mon livre. « C’est bien ce que vous faites ». Apprenant qu’elle ne l’avait ni acheté ni lu, je le lui propose. « Non, non, je préfère ne rien savoir, mais continuez ».

  9. Merci Monsieur MAUDRUX pour le plaisir que vous m’offrez tous les samedis matin. Vos analyses sont pertinentes et hélas plutôt désolantes pour l’avenir de notre pays. Très bonnes fêtes pour vous et votre famille.

    • Bonnes fêtes à tous également et merci de me lire, sinon je ne continuerais pas.Etre le plus lu de tous les articles du QDM est motivant.

  10. Comment un pays qui en est toujours à la lutte des classes peut-il comprendre qu’il faut en sortir !!

  11. Merci Monsieur MAUDRUX de me permettre de vous lire, à chaque fois avec plaisir, pour une fois je n’ai rien à rajouter si ce n’est de vous souhaiter de bonnes et heureuses Fêtes de fin d’Année.

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