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Cash ou pas cash ?

Sans vouloir m’accrocher à certaines valeurs du passé qui disparaissent, cette fois ce n’est plus de valeur morale dont je vais vous parler, mais de d’une valeur mobilière : votre argent.

Il fut un temps où l’on pouvait détenir des espèces sonnantes et trébuchantes et acheter tout ce que l’on voulait avec. Ces possibilités se sont réduites de plus en plus ces dernières années. D’un maximum illimité, on est passé à 10 000 €, puis 3 000 €, et l’on parle maintenant de 1 000 € et les billets de 500 € sont retirés de la circulation. On veut vous empêcher progressivement de payer en espèces. D’autres pays nous ont devancé, comme la Suède, où moins de 3% des paiements sont en espèces, et l’on parle de supprimer totalement ce moyen de paiement. Ce n’est pas sans dangers, dangers que peu soupçonnent.

Premier danger : vous êtes mieux surveillé qu’avec un bracelet électronique. Les banquiers suédois reconnaissent tout savoir sur leurs clients, mais ne pas exploiter ces données. Le problème est qu’elles sont exploitables. On sait à quelle heure vous êtes allé chercher votre pain, où, puis que vous êtes allé prendre un café (en Suède, on refuse les espèces pour un petit noir), on sait que vous avez changé d’épicerie, etc. Entre votre portable et votre carte, tous vos faits et gestes, votre position sont tracés en temps réel, y compris pour vos besoins (toujours en Suède vous n’avez plus accès aux toilettes publiques qui ne prennent plus les pièces). Je ne suis pas contre les contrôles, surtout quand on n’a rien à cacher, mais là cela va un peu loin.

Ce n’est pas le pire. Pendant des millénaires, pour manger, acheter, nous étions possesseurs de bronze, d’or, d’argent, remplacés par des billets ces derniers siècles (les premiers justement en Suède en 1661). Le tout était palpable, stockable, c’était votre possession. Maintenant vous n’aurez plus rien, une ligne informatique, dans le fichier d’une banque. Votre argent ne dépend plus de vous, il dépend d’un tiers qui le possède, même pas sous forme matérialisée. Savez-vous que si votre banque fait n’importe quoi, perd trop d’argent par des opérations sur des marchés de plus en plus virtuels, n’achetant ou ne vendant que des lignes informatiques sans valeur matérielle, elle peut se servir sur vos comptes pour se renflouer ? L’Europe en a décidé ainsi pour ne plus avoir à renflouer les banques, maintenant ce sera les clients. Savez-vous que si vous voulez récupérer un plan d’assurance vie, votre banque si elle a besoin de fonds peut ne pas accéder à votre demande, en toute légalité ? Rappelez-vous la Grèce quand les grecs ont voulu récupérer leurs fonds dans leur banque, ne serait-ce que pour manger ? Rappelez-vous les queues devant les banques pour sortir 50 € par semaine. Sans cash en circulation, cela peut arriver chez nous demain. En cas de problème, ce n’est plus vous qui faites ce que vous voulez de votre argent, il vous faudra passer par un tiers qui peut avoir tout dépensé ou tout simplement avoir une caisse vide. En dématérialisant le résultat est que vous ne possédez plus rien.

Outre le fait de devoir subir une crise dont vous n’êtes pas responsable et que l’on vous aura empêchés de jouer les écureuils, les dangers vont bien au-delà. Et si demain internet s’arrêtait ? Plus d’argent, plus de paiements, plus de déplacements. En moins de 8 jours c’est la guerre intérieure, un pays complètement désorganisé, à la merci de tout et de tous.

Fiction ? Tout est sous contrôle, verrouillé, protégé ? Désolé, ce qu’un homme a crypté, protégé avec un logiciel, un ordinateur, un autre homme peut le faire, avec un autre ordinateur. La sécurité zéro dans ce domaine n’existe pas. Des tests grandeur nature ont été effectués pour paralyser des entreprises, des secteurs d’activité, un pays entier pendant 8 jours en novembre dernier. Chaque Etat a sa cyberarmée. Lors d’un essai officiel la Chine qui dispose de bataillons de Cybersoldats a détourné 15% du trafic mondial pendant 20 minutes. Le FSB russe n’est pas en reste, les américains non plus avec le Cyber Command. Bruce Schneier, pape de la cybersécurité l’avouait il y a 4 mois : « Depuis un ou deux ans certains acteurs majeurs du Web subissent des attaques précises, calibrées, dont le but est de tester les défenses et d’évaluer les meilleurs moyens de les paralyser durablement ». Notre Ministre de la défense le reconnaît : « l’arme cyber est une arme à part entière, elle pourra être la réponse à une agression, cyber ou armée ». Un bon hacker peut bloquer nos centrales nucléaires et couper le courant comme on a détruit les centrifugeuses d’enrichissement d’uranium en Iran (en perturbant au passage plus de 100 000 ordinateurs dans 115 pays). On peut paralyser nos opérateurs portables très vulnérables, tout comme le transport aérien, le réseau SNCF. Le pentagone, Yahoo, Adobe, Sony, Visa, J P Morgan ont tous subi des intrusions gravissimes malgré des millions dépensés en sécurité. Fin octobre c’étaitTwitter, Amazon, Ebay, CNN. Même Daech a pu prendre possession de TV5 un moment pour émettre.

Si tous nos achats sont dématérialisés, on peut nous affamer en quelques jours, les commerces seront paralysés et les magasins seront vides après pillage, faute de pouvoir acheter de quoi se nourrir.

Sans pouvoir acheter, échanger, nous pouvons nous retrouver du jour au lendemain tous démunis et sans espoir. Même sans agression, que penser aussi de nos enfants qui n’ayant jamais compté de pièces ou de billets ne mesureront plus la valeur de l’argent dans une société où il n’aura plus d’existence physique ? Quid de nos anciens qui ne manient pas smartphones et tablettes et qui n’auront plus leur place dans notre société ? En Suède ils protestent vigoureusement contre cette évolution qui les ignore.

Si la possibilité de dématérialiser est un progrès pouvant être bénéfique pour l’homme, ses excès et surtout son exclusivité conduisant à la dépendance, ne sont pas des bonnes choses.  La meilleure sécurité contre une guerre informatique, ce n’est pas d’avoir sa cyberarmée, c’est avoir un volant de sécurité en faisant l’effort de garder les espèces, au moins pour nos dépenses courantes. Malheureusement ce n’est pas ce que veulent nos technocrates, soucieux d’abord de mieux nous contrôler. Quant aux politiques, ils ne voient jamais rien venir, pourtant gouverner, c’est prévoir.

Gérard Maudrux

Gérard Maudrux

9 Commentaires

  1. Mais les Suédois ne font pas partie de la zone Euro et ont toujours la Couronne suédoise subdivisée en 100 öre (prononcer heureux comme un Suédois le samedi soir lors du banquet d’Odin devant des crustacés à l’aneth et de l’aquavit, sauf celui qui conduit qui est à la bière allégée et le seul à ne pas rougir, chanter fort et se fendre la poire. Car seul l’aqvavit peut faire sortir un Suédois de sa réserve)

  2. Les étrangers peuvent payer jusqu’à 15000 euros en espèces. Le plafond de 1000€ n’est que pour les sous hommes.

  3. Privilège régalien (l’émission de monnaie), le papier-monnaie n’aura bientôt plus de valeur libératoire. C’est un changement total de paradigme. La monnaie fluidifie l’échange de biens. Elle était un puissant moteur du développement (sous le contrôle tout de même des accords de Bretton-Woods !). La perte de la valeur d’échange est peu à peu substituée par le contrôle qui devient total des achats et ventes. À partir de là, Commerce et Industrie savent à peu près tout sur vous, gavent vos ordinateurs de publicités « ciblées », se revendent les cookies qui vérolent vos machines, cernent vos besoins et finissent par connaître vos cœurs et vos reins. Ne parlons pas de l’État qui a besoin de la transparence absolue des contribuables…
    Je m’amuse régulièrement, lorsque je fais la queue au Monoprix du coin, de la file qui s’étire devant moi: le scanner va à toute vitesse mais le temps de passage est considérablement ralenti par la fourniture des cartes de « fidélité », la présentation des bons de réduction précieusement colligés les jours d’avant, le repérage en arrière-main de vos habitudes de consommation.
    Les bipèdes seront bientôt un simple bétail que quelques coups d’aiguillon suffiront à mener à l’abattoir.
    Heureusement, quelques-uns échapperont: une fois élus, ils feront les lois qui définissent quels sont les milieux « autorisés » et ceux qui ne le sont pas!
    Votons, votons, et patientons !

  4. Bonsoir,
    Une fois encore, tu abordes un sujet grave dont tu dénonces les effets collatéraux et pervers avec brio. Félicitations!
    Bismarck disait déjà : « Pour gouverner les hommes, il faut les rendre dépendants… » Nous vivons une révolution informatique qui va révolutionner le monde avec une ampleur inconnue, non mesurée et non mesurable et à laquelle il est impossible d’échapper. C’est déjà trop tard. L’individu a perdu toute liberté physique et de conscience. Les « génies » qui gouvernent le monde ont trouvé l’astuce la plus subtile de tous les temps pour asservir l’homme. La nouvelle devise républicaine se limitera à: Egalité – fraternité et au concept de liberté se substituera l’asservissement de l’homme par un pouvoir immatériel qui à ce jour est encore sous « contrôle », cad sous le contrôle des USA. Selon G. Orwell, « Big Brother is watching at you »… mais qui à n’en point douter lui échappera un jour pour tomber en des mains inconnues… Espérons que Mr Hyde ne prendra pas le dessus sur Mr Jekyll.
    Avec mes meilleurs salutations
    Espérons que Mr Hyde ne prendra pas le dessus sur Mr Jekyll.

  5. Il nous reste le troc!!!…mais c’est vrai que pour le « petit noir », ça va être compliqué!.. A chacun de prendre conscience et de résister à la tentation du « tout techno » que les boites de techno numériques nous imposent comme étant LE progrès.

    • Dans la mesure ou elle est modeste, une économie parallèle peut être salvatrice, regardons l’Italie .

    • C’est une idée qui fait son chemin, y compris en Suède (pour un retour à la Couronne), mais tous les projets restent en numérique, avec les mêmes risques.

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