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Taxer les machines

Parmi les fausses bonnes idées en matière de taxation, il en est une qui se développe aujourd’hui : taxer les robots ou les machines pour alimenter nos caisses sociales. Arguments : les machines remplacent les hommes, elles font du travail mais ne payent pas de cotisations pour les emplois qu’elles remplacent. Grosse erreur de raisonnement qui risque de produire l’effet inverse. Si ce n’est pas forcement vrai dans une entreprise, cela l’est à l’échelle nationale ou mondiale. Dans certaines branches cela crée des emplois, dans d’autres cela en détruit, le tout s’équilibre et semble même diminuer le chômage. Cette taxe devient donc un impôt supplémentaire, sans rapport avec ses motivations.

La machine fait le travail des hommes, cela fait des cotisants en moins, d’où nos problèmes. Cette réflexion est aussi simpliste que diminuer l’offre pour diminuer la demande en médecine, conduisant à la raréfaction de l’offre, sans aucune diminution des coûts. Voilà encore une fausse bonne idée de technocrates qui ne voient pas très loin.

Avant pour découper une plaque d’acier, il fallait un homme qui utilisait un chalumeau, puis une ponceuse pour égaliser les bords. Aujourd’hui le même homme conduit un robot qui fait une découpe au laser en 10 fois moins de temps et de bien meilleure qualité. Il y a toujours un homme, mais bien plus productif. Pour concevoir ce robot, pour le fabriquer, pour le programmer, pour l’entretenir, il a fallu des hommes. Conclusion ce robot n’a pas remplacé des emplois, il en a créé. Il a généré des emplois et donc des cotisations, en augmentant la productivité il a généré des bénéfices source de taxation et d’investissement producteurs d’emplois, en diminuant les coûts de production il augmente les ventes et tout ce qui va avec.

Certes il y a des situations comme dans une chaîne automobile où il peut remplacer des emplois, mais si on tient compte des emplois détruits d’un côté, créés de l’autre, l’ensemble des robots ne grève pas les emplois, certains chiffres prouvent le contraire.

En effet une récente étude internationale de 2015, reprise par l’OCDE en 2016, montre qu’il n’en est rien, au contraire. C’est la comparaison dans différents pays du nombre de robots avec le taux de chômage. Dans cette étude, on y apprend que la France possède 127 robots pour 10 000 salariés, et que le taux de chômage avoisine les 10%. Si on prend la Corée du sud ou Singapour, il y a 3 fois plus de robots (respectivement 531 et 398 pour 10 000 salariés) ce qui n’induit pas plus de chômage, au contraire, avec des taux de 3,4 et 2,2% de chômeurs. Vous me direz qu’on ne peut comparer ces économies asiatiques avec les nôtres (pourtant un robot qui remplace une main d’œuvre bon marché devrait être moins intéressant). Pays intermédiaire, le Japon est à 305 robots/10 000 pour un taux de chômage à 3,1%, mais surtout Allemagne et Etats Unis ont deux fois plus de robots que chez nous (301 et 176), pour un taux de chômage de moitié moins (3,9 et 4,8%). Conclusion : dans le monde entier, plus il y a de robots, moins il y a de chômage ?

Dans ces conditions, taxer les robots n’est qu’une taxe de plus, qui plombera les entreprises, qui comme pour l’excès de taxes sur les salaires, entraînera soit des fermetures, soit des délocalisations supplémentaires. Après avoir fait délocaliser les entreprises à forte main d’œuvre, on va réussir à faire délocaliser les entreprises à forte mécanisation. Bel exploit à venir de nos technocrates et politiques.

Et puis il faudra savoir où commence la taxation. La vendangeuse qui remplace beaucoup de personnes va devoir être taxée, et le viticulteur arrachera ses vignes pour autre chose. La moissonneuse batteuse est dans le même cas, et notre blé ne sera plus vendu car plus cher. C’est un formidable frein au progrès et une catastrophe économique en vue. Face à cet échec il faudra taxer plus pour compenser et on en arrivera à taxer le marteau du charpentier et le pinceau du peintre. A ce sujet je suggère de taxer plus le rouleau que le pinceau, car il couvre plus de surface à l’heure, ce qui réduit le nombre de peintres.

Quand est-ce qu’ils comprendront que ce ne sont pas de nouvelles taxes, de nouveaux impôts qu’il faut créer et qui semble leur première préoccupation, mais mieux gérer et diminuer les dépenses inutiles. Trop d’impôts tuent l’impôt, tout le monde le sait, trop de taxes tuent les taxes, tout le monde ne le sait pas encore.

Gérard Maudrux

Gérard Maudrux

5 Commentaires

  1. Bonjour,
    Il me semble avoir compris qu’en outre, la France est rès en retard par rapport à ses concurrents en équipements industriels robotisés. Donc taxer des équipements dans lesquels les entreprises sont invitées à investir: en voilà une « idée qu’elle est bonne »!!… Ah Coluche!!….

  2. Votre comparaison mécanisation / taux de chômage est – j’en suis désolé car vous n’êtes pas coutumier du fait – de la mauvaise statistique. Co-variance n’est pas causalité. Il y a nombre de tiers facteurs qui interviennent (citons simplement: adaptation des produits manufacturés à la demande, capacités exportatrices, etc.).
    Le débat reste légitime sur l’adaptation de l’assiette des cotisations sociales à leur objet.

    • Tout a fait d’accord, ce n’est pas le seul facteur. On peut même dire que chaque machine, chaque produit fini, a un comportement différent sur l’emploi, et en prenant des exemples, on va avoir des arguments divers, favorables ou néfastes. Force est toutefois de constater que les pays à forte mécanisation ne sont pas des pays ou les gens sont exclus du marché du travail par les machines et que globalement, directement ou indirectement ces machines favorisent l’emploi. Ceci dit il est vrai aussi que ces pays ont tous des charges inférieures aux nôtres, ce qui favorise l’emploi, devenant la principale cause et qui met à bas toute ma démonstration.

  3. Et si ces technocrates taxaient la bêtise? Ah, ils paieraient trop d’impôts! ;-))

    • Excellente idée. Il faudrait le suggérer à Franc Stratégie qui propose toutes ces idées fumeuses comme aussi la taxation des loyers fictifs de la résidence principale, actuellement dirigée par un Science-po/ENA, ex conseiller social de Hollande, fraichement recasé avant les élections.

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