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Retraites : pourquoi allonger la durée de cotisations ne marche pas ?

Un peu de technique pour comprendre les bobards ne fait pas de mal, vous verrez que ce n’est pas si compliqué (sauf pour les « décideurs » ?)

Vous savez que les retraites dépendent principalement de 3 facteurs : le montant des cotisations (facteur sur lequel on a agi pendant quelques décennies jusqu’au maximum supportable), le montant des retraites (que l’on souhaite ne pas baisser), et le rapport démographique. Plus on est à payer, moins il y a de retraités, plus c’est facile. C’est ce facteur que l’on essaye de corriger maintenant, car il décroit de manière constante : de l’ordre de 15 cotisants pour 1 retraité après-guerre, on tend vers 1 cotisant pour un 1 retraité. Le résultat n’est pas sorcier : en répartition, si un retraité veut 50% de son revenu, le cotisant devra verser 50% de son revenu.

En faisant cotiser plus longtemps, vous augmentez le nombre de cotisants et vous diminuez le nombre de retraités. Ainsi schématiquement si on cotise 42 ans au lieu de 40, cela fait 5% de cotisants ou de cotisations en plus, et dans le même temps on passe de 20 ans de retraite à 18, soit 10% de retraités ou de prestations en moins. 5 + 10 = 15% de gagnés, sans avoir à augmenter la cotisation ou à baisser les retraites.

Les dernières réformes portent quasiment uniquement sur ce levier, mais vous avez vu qu’il faut recommencer sans cesse à « sauver les retraites », et qu’au fil du temps nous en sommes quasiment toujours avec les mêmes perspectives. Pourquoi ?

Cette mesure est étalée dans le temps pour éviter qu’entre une naissance le 31 décembre et le 1 janvier on en prenne pour 2 ans d’un coup, on étale dans le temps, soit 1 trimestre par an. Normal. Alors pourquoi cela ne marche pas ? A cause des médecins. En effet, tous les ans, la durée de vie s’allonge de près de 3 mois, et une fois la réforme totalement appliquée, la durée de vie en retraite que l’on souhaitait faire passer de 20 à 18 ans, reste à 20 ans, annulant le gain escompté de 10% sur les retraites !

Constatant que les Français passent en moyenne 5 années de plus à la retraite que les autres pays de l’OCDE, l’institut Montaigne vient de proposer de passer la retraite de 62 à 63 ans d’ici 2025. Si vous avez bien compris mes explications, vous voyez donc qu’on en sera toujours au même point dans 8 ans, même pire. Alors, allonger la durée de cotisations une bonne recette ? Non, un petit moyen de prolonger, mais pas une réforme.

Le COR dans son premier rapport de 2000 avait calculé de combien il fallait allonger la durée pour équilibrer les régimes : 9 ans, et je ne suis pas sûr qu’ils avaient bien estimé l’allongement de la vie qui continue à un rythme qui ne faiblit pas. Vous comprendrez aussi mieux la catastrophe de 1981 pour nos régimes, 5 ans de cotisations en moins, 5 ans de retraite en plus. Non ce n’était une avancée sociale mais une erreur monumentale, une escroquerie politique qui aura profité à une génération, mais que les suivantes payent en montant de cotisations, en durée de cotisations et de retraites, mais aussi en baisse des retraites.

En effet, à force d’allonger la durée, on vous laisse quand même partir plus tôt, mais avec décote. Ainsi, au même âge, avec la même durée de cotisation, votre retraite baisse. C’est en pratique une baisse des retraites sans le dire.

Autre facteur totalement négligé : 1 million de plus de 65 ans qui occupent un emploi, c’est 1 million de moins de 65 ans qui n’en trouvent pas. L’allocation chômage et toutes les autres aides sociales qui s’additionnent chez les inactifs, devraient s’ajouter au vrai coût de l’allongement de la durée de cotisations. Dans ces conditions le petit gain, est-il réellement un gain ? Il y a aussi ceux que l’on pousse à travailler encore plus pour arrondir les fins de mois avec des pensions insuffisantes, et que l’on fait cotiser sans droits. Il n’y a pas de petit profit.

Enfin sur le plan humain, l’allongement de durée de cotisations est une honte : beaucoup de gens sont moins bien gâtés par la nature que d’autres avec une espérance de vie en retraite moindre : cancers, vasculaires, diabètes, obèses, … c’est alors supprimer leur retraite au profit des bien portants. En 1945, lors de la généralisation de la répartition au détriment de l’épargne, l’espérance de vie était de 65 ans. Cela veut dire que statistiquement la moitié mourait avant l’âge de la retraite, seule l’autre moitié pouvait en profiter. Veut-on en arriver là pour équilibrer les régimes ?

Gérard Maudrux

Gérard Maudrux

11 Commentaires

  1. Effectivement , on allonge la durée des cotisations mais on tombe toujours malade au même âge même si on est mieux soigné . Retarder l’âge de la retraite c’est diminuer voire supprimer la retraite des malades au profit des bien portants donc des chanceux ….. c’est le  » social  » à la Française . Le même social qu’on retrouve devant la Gare de Lyon au Taxis-stand , ou les jeunes couples avec de jeunes enfants rentrants du ski sont invités à passer devant tout le monde pendant qu’une veuve de 78 ans avec une canne et des bagages fait la queue ….. le  » Social Show  » à la Française .

  2. La retraite depuis son institution a ainsi toujours été injuste. Elle devait empêcher qu’un travailleur qui cessait de travailler à 65 ans, durant de vie moyenne ne doit dans la misère ; on payait donc selon vous, injustement ceux qui vivaient plus longtemps. Dès sa création ce système a priori bienveillant a toujours été injuste.

    • Ce n’est pas ceux qui vivent longtemps qui sont l’objet de ma critique, mais le fait qu’en allongeant la durée de cotisation ou en retardant l’âge de départ, on raccourci grandement la retraite de ceux qui sont moins gâtés que d’autres par la nature, et on profite (indirectement) de leur « handicap » pour équilibrer les régimes.

  3. taxer la Bourse ? Depuis des années on parle de la taxe Tobine (0,01% sur
    toutes les transactions ) : refus de tous les pays occidentaux –
    pour éviter d’être imposé sur les bénéfices boursier : souscrire un PEA
    et pour gagner a tous les coups voir  » trading sat « 

  4. La bourse est taxée à presque un tiers, et quand tu perds c’est pour ta pomme. Les actionnaires particuliers ont presque tous jeté l’éponge, ayant perdu l’illusion d’améliorer leur retraite par ce moyen.

  5. Quid de la possibilité de rendre toutes les cotisations de la CARMF proportionnelles et non plus forfaitaires ? Ceci afin de permettre une activité libérale à temps partiel après 65 ans sans être contraint de faire un cumul emploi retraite .
    Dans l état actuel un faible BNC implique 30 % «  sequestré » par la CARMF !

    • La part forfaitaire du RC a logiquement été supprimée juste avant que j’arrive (réforme faite sou la pression de la vague qui arrivait). Je l’ai supprimée dans le RB dans la réforme que j’ai proposée (et qui a été acceptée) en 2004. J’ai instauré 3 tranches dans l’invalidité, sous les critiques répetées de MGF. Reste l’ASV, je l’ai souvent évoqué, demandé : refus catégorique syndical. Leur motif ? Cela donnerait de trop petites retraites aux bas revenus. Quand je leur dis qu’ils les empêchent de vivre pendant toute leur activité, cela n’est pas leur problème. Insensibles aux bas revenus. Le 5 juillet 2011 j’arrivais à leur faire signer une lettre commune Carmf-Syndicats, instaurant 4 tranches entre 0 et 1PSS (40 000 € aujourd’hui), le lendemain MGF/CSMF/SML reniaient leur signature et s’entendaient avec la DSS pour supprimer cette disposition. Résultat : pour 1/2 PSS de revenus nets, l’ASV représente 28% de prélèvement, la totalité Carmf 50% et beaucoup dévissent ne pouvant remplacer ou travailler à temps partiel, les autres rament dans l’indifférences de ceux qui prétendent les défendre, et qui dans le même temps bloquent leur C à 23 euros.

  6. CQFD, cher Monsieur. Mais si vous remettez la faute sur les médecins (qui ne font que leur métier), alors où va-t-on ? Par contre je suis d’accord avec le fait que prolonger la durée des cotisations empêche les chômeurs de parvenir à un emploi. N’est-ce pas pour cela que M. Mitterrand avait mis la retraite à 60 ans ?
    Question impertinente : et si on taxait (juste un peu) la Bourse ?

    • Pour la « faute » des médecins, c’est au premier degré, et c’est une faute que tout le monde souhaite, et cela veut dire aussi qu’ils soignent bien ! Pour taxer la bourse, Macron vient de faire l’inverse.

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