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Banales absurdités

En l’espace de huit jours, l’accumulation de petites choses montre à quel point la France est devenue un pays où tout est interdit, où règnent l’absurdité et l’arbitraire, le peuple semblant s’habituer à tout. En fait étranglés par les prélèvements et étouffant sous les règles administratives, les Français ne supportent pas tant que cela, la consommation d’anxiolytiques et le burnout croissants ont sans doute là une explication.

Si les utopies d’hier sont les vérités d’aujourd’hui, les absurdités d’hier sont aujourd’hui des banalités.

A Paris c’est une usagère du métro (enceinte de surcroît) qui a dû s’acquitter d’une amende de 60 euros sans préavis pour avoir emprunté un couloir dans le mauvais sens. Tout le monde circule dans tous les sens, seuls quelques-uns, au hasard de l’humeur du jour de quelques contrôleurs zélés seront taxés. (Absurdité : circuler sans billet coûte moins cher, 50 € !).

Dans le Vaucluse, Geneviève, 89 ans, comme beaucoup à son âge, n’a pas d’ordinateur ni internet. A l’heure de la dématérialisation (elle ne sait pas non plus ce que cela veut dire), elle a payé un impôt en envoyant un chèque. Ce chèque a été encaissé, mais les services fiscaux lui envoient une amende de 15 € pour « non-paiement dématérialisé ». Au passage, les caisses de retraite ont aussi cette obligation d’encaisser des pénalités dans le même cas. Pas de chance, d’autres départements sont moins zélés.

Ici c’est un automobiliste qui se fait verbaliser car il téléphonait dans sa voiture. Tant pis si la voiture était garée, moteur coupé. Tant pis si l’esprit de la loi n’est pas respecté, la loi elle est respectée à la lettre par un fonctionnaire irréprochable.

On voit des tickets restaurant circuler partout et servir à tout, y compris à faire des courses. Par contre, tout sauf le dimanche, le patron d’une entreprise parisienne l’a appris en recevant un rappel à la loi conséquent et il est sommé de retourner sans délai à l’Inspection du travail une « fiche d’identité pénale » ultra-détaillée sur son entreprise (raison sociale, numéro SIRET, effectif dont nombre de CDI, CDD, stagiaires…), les mandataires sociaux (identité, date de naissance, noms et prénoms du père et de la mère…) ainsi que pour les salariés concernés (identité, date et lieu de naissance, type de contrat, horaires…), à laquelle il devra joindre les contrats de travail, les bulletins de paie et les relevés horaires des salariés concernés, ainsi que d’un extrait K-bis. Encore un fonctionnaire de l’inspection du travail zélé qui a du temps à perdre et à faire perdre pour respecter une loi comportant quelques absurdités.

Ailleurs c’est un couple qui s’est vu remettre par un huissier une assignation à comparaître devant le juge aux affaires familiales du tribunal de Lorient pour avoir appelé sa fille Liam, prénom jugé trop masculin. Quand on voit certains prénoms bizarres et qu’on pense aux Dominique, Camille, Claude et autres prénoms asexués, tous ont plus de chance de ne pas être victimes d’officiers d’Etat Civil aussi zélés ou mal lunés.

Je me suis souvenu alors de ce Gepetto de Gigean (commune de l’Hérault), victime il n’y a pas si longtemps d’un contrôle zélé de la Direction Départementale de la Protection des Populations (anciennement répression des fraudes). Il fabriquait des jouets uniques, magnifiques et en bois (cheval à bascule, maisons, voitures, personnages,…) et malgré 30 ans de métier sans accident, il n’a pas survécu aux normes. Bien que fabriquant des pièces uniques, les normes lui imposaient de fournir 2 exemplaires aux services de contrôle de conformité, susceptibles d’être détruits par des tests facturés 1 500 euros. Il a dû cesser son activité. Le comble de l’absurdité dans l’application des lois : les services responsables lui avaient suggéré de tricher en vendant comme pièces de collections, non comme jouets !

Des textes et des normes de ce type, il en existe plus de 400 000 relevées par le rapport de la « mission de lutte contre l’inflation normative » de 2013, en vue de simplifications administratives. Ce rapport cite entre autres des exemples comme l’article L 230.5 du code rural issu de la loi du 27 juillet 2010 « prescrivant la place respective des saucisses, des œufs, des nuggets, petits pois et autres produits dans tous les restaurants scolaires de France ». Il prévoit que ces derniers « respectent 80 pages de recommandations établies par 52 personnes issues de l’administration avec des rangs hiérarchiques élevés ainsi que des représentants de la profession qui vont participer aux nombreuses réunions ».

Les auteurs signalent avoir « rencontré beaucoup de normes fondées, mais qui, appliquées avec excès, conduisent à des situations absurdes », et concluent avec malice que « le stock de normes s’est constitué au fil du temps par addition, sédimentation, superposition, comme les couches d’une géologie juridique. La seule nuit d’abrogation s’étant déroulée le 4 août 1789… ». Il y en a tellement qu’on ne peut toutes les appliquer et nous sommes alors soumis au hasard et à l’humeur du jour de préposés, d’officiers, de fonctionnaires.

Tout est interdit ou réglementé pour pouvoir taxer. Ce qu’aucun roi n’aurait osé faire sous peine d’être décapité, dépenser 57% des richesses produites, la république l’a fait, et les français le prennent à juste titre comme une banalité, sans savoir que c’est dans le vrai sens du terme. Savez vous ce qu’est réellement la banalité ? La banalité est un droit républicain féodal importé d’Espagne vers le XIe siècle. On s’est mis à tout interdire aux Français : de moudre leur blé, de cuire leur pain, d’avoir un pressoir, un taureau, un verrat,.. pour pouvoir les taxer. Les français avaient alors la « liberté » d’ aller au moulin banal, au four banal, au pressoir,… Ce droit de ban est un privilège qui a pris fin la nuit du 4 août 1789 pour être rétabli fin du XXe, seuls les seigneurs ont changé, de féodaux (ou ecclésiastiques qui n’étaient pas en reste) ils sont devenus républicains.

Gérard Maudrux

Gérard Maudrux

23 Commentaires

  1. Encore plus absurde !

    En France les 1 % les plus fortunés ont accaparé 82 % des richesses
    créées l’an dernier
    Oxfam fait ce triste constat au niveau mondial. La France n’échappe pas à ces inégalités : en 20 ans, la fortune totale des dix plus grandes fortunes
    françaises a été multipliée par 12, pendant que le nombre de pauvres
    augmentait de 1,2 millions de personnes.
    Pourtant la France est le pays qui est N° 1 de l’index de misère fiscale , ce qui veut dire que la France est depuis des années déjà championne du monde des prélèvements ( taxes , prélèvements sociaux , impôts )….. or plus le niveaux des prélèvements augmentent et plus il y a de précarité et plus les « très riches » deviennent encore plus riches .
    Question d’internat : Résultat de la hausse des prélèvements de tout type depuis 30 ans
    Matériel : les impôts et les taxes , les pauvres , les riches , les pigeons
    Méthode : augmentation des prélèvements tout azimut
    Résultats :
    – il y a de plus en plus de pauvre
    – il n’ y pas plus de très riches en nombre mais ils sont encore plus riches qu’avant
    – les pigeons : soit ils se mettent à voyager , soit ils se font écraser … donc il y en a de moins en moins
    discussion :
    la pensée unique et politiquement correcte du social a créé en France un  » véritable sub-prime social » . Economiquement et structurellement totalement identique au sub-prime immobilier des etats-unis . La différence étant qu’on ne parle pas d’immobilier mais de  » social ». De la même façon tout le monde reste persuadé que les pigeons payeront toujours les impôts pour entretenir ce système Enarquo-antidémocratique ( la dette publique étant le premier pilier de l’anti-démocratie) tout comme aux états unis tout le monde était persuadé que les investissements dans les fonds viendraient toujours couvrir l’investissement dans les dettes …. on sait ce qui est advenu .
    En France , un jour les pigeons cesseront de couvrir l’investissement dans la dette sociale soit par rébellion , soit par manque de moyen , soit parce-qu’il n’y en aura plus assez, soit une association des trois .
    Dans le cas présent du cas clinique exposé par le Dr Maudrux , à savoir le pigeon boulanger qui ne migre pas mais qui s’hyperactive car la situation le lui permet , sa volonté est présente et sa capacité d’adaptation est réelle …. et bien le système enarquo-antidémocratique va lui couper les ailes car le pigeon doit rester pigeon et ne pas voler trop loin dés fois qu il donne des idées aux autres … et puis surtout ne pas remettre en cause la pensée unique par un comportement gagnant : seuls les initiés et les élus ont le droit de gagner dans ce pays la France qui non seulement n’accepte plus les différences mais les impose car les différences doivent intégrer la pensée unique.
    Conclusion :
    La hausse des prélèvements et des taxes sert à fabriquer de la précarité , les chiffres sont incontestables . Les très riches deviennent encore plus riches donc on peut penser que la hausse des prélèvement est un traitement médicamenteux qui donnent les résultats strictement inverses à
    l’effet thérapeutique désiré .
    Conformément à la devise et l’histoire de la résistance : Obéir c’est trahir ,Désobéir c’est servir , il peut être considéré que la seule façon théorique de sauver nos démocraties et la France , c’est de cesser de payer autant de taxes et prélèvements car on l’a vu cela ne sert qu’à fabriquer de la précarité et démolir par la dette les fondements de la démocratie . Jusqu’à quand doit on rester complice d’une telle thérapeutique ? En tant que Médecin , un laboratoire qui vous proposerez un médicament * Hausse des prélèvements* qui rend les gens encore plus malades avec de plus en plus de gens malades , que feriez vous ?

    nb : Conflits d’intérêts de l’auteur : Oui – L’auteur est parti vivre et travailler à l’étranger

  2. Info du 13 mars, Le Parisien :
    L’artisan a été épinglé pour avoir ouvert sa boulangerie sept jours sur sept l’été dernier à Lusigny-sur-Barse.
    La décision administrative a du mal à passer. Les habitants de Lusigny-sur-Barse (Aube) se mobilisent pour soutenir leur boulanger. Cédric Vaivre, patron de la «Boulangerie du Lac» a écopé d’une amende de 3000 euros. Motif : il a ouvert sa boulangerie sept jours sur sept l’été dernier. Fin 2017, la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, du travail et de l’emploi (DIRECCTE) l’a épinglé pour non-respect de la réglementation imposant un jour de repos hebdomadaire.
    Jusqu’en 2016, le boulanger de Lusigny-sur-Barse bénéficiait d’une dérogation. Mais celle-ci n’a pas été renouvelée en 2017. Pour assurer une ouverture continue tous les jours dans cette zone touristique, le boulanger serait contraint d’ouvrir une deuxième boulangerie pour assurer la continuité.

  3. En fait, la seule question n’est plus comment nous vivons dans l’absurde banal, puisque Pompidou l’évoquait déjà, mais pourquoi nous continuons. Parce que nous avons ce que nous méritons: nous sommes lâches et attachés à nos petits privilèges. Pas de vagues. Il ne sert à rien de dénoncer ce que tout le monde connaît. Nous n’abons aucun courage à tout mettre à plat.

  4. Bravo Gérard
    Souhaitons nous une nouvelle nuit du 4 août 1789, un peu moins sanglante mais tout aussi radicale!

  5. Mon défunt père, ancien Inspecteur des Impôts, m’avait appris un principe qui m’a été bien utile toute ma vie : les comptabilités les plus suspectes sont celles qui sont tenues de façon impeccable. En effet, les règlementations sont tellement complexes (et parfois contradictoires ou sujettes à interprétations) que leur respect absolu est une tâche excédant largement les possibilités humaines. Cet avis m’a servi toute ma vie : je termine toujours en fin d’hiver mes nuits de cauchemar déclaratif par une ultime révision visant à émailler mes écritures de quelques erreurs mineures.
    Un de mes amis, ancien médecin militaire, ne veut aucun ennui avec l’Administration : il a été contrôlé 3 fois dans les 10 dernières années (alors que la moyenne des occurrences vérificatives est de une fois tous les 25 ans) ! Une seule fois, il a écopé d’un redressement (de 49 €).
    Mon père toujours, ayant pris sa retraite, n’atteignit véritablement la sérénité que lorsqu’il vit son nom figurer en bonne place dans le Grand Livre de la Dépense Publique.
    Plus sérieusement, je dis que l’obligation de plus en plus systématique de déclarations ou paiements « dématérialisés » bafoue notre devise républicaine (« Liberté, Égalité, Fraternité »). Beaucoup, surtout parmi les plus âgés, ne sont pas équipés de moyens informatiques, n’y comprennent rien et sont dans l’incapacité totale de satisfaire aux exigences administratives.
    Assaillis par le désarroi, ils ont tous vocation à mourir délinquants.

  6. de Miranda petit rajout au texte : Les idiots utiles AIDENT les destructeurs de lEUROPE (sans le savoir) dans leur volonté den effacer les fondations. Ils en sont les EXECUTANTS zélés cons. diploma online

  7. Une fois j’ai essayé de mettre aux normes une machine outil … eh bien j’ai pas réussi à trouver le bon interlocuteur dans les administrations. Les gens en place étaient là pour contrôler et sanctionner mais était incapable de prescrire, de dire ce qu’il fallait faire. Même l’administration perd le sens des prescriptions réglementaires dont elle tire sa raison d’être… est ce là l’une des sources du désenchantement de nombre de fonctionnaire ?
    Par ailleurs les examinateurs des futurs enaques se lamentent en constatant l’absence d’originalité de leurs candidats préférant la bonne réponse standard plutôt qu’une analyse personnelle, aucun questionnement sur le sens de toute cette administration.
    Sidérant et glaçant à la fois lorsque ajouté à cela nous voyons comment l’automatisation des tâches administratives étend son emprise sur la vie des gens.
    Big Brother est à nos portes : le bon sens et l’humanité va devenir une valeur singulière à l’avenir ?

  8. Il vous manque ants.gouv.fr pour l’établissement en ligne d’une carte grise en cas de cession d’un véhicule d’occasion entre particuliers depuis novembre 2017. Plus d’accueil en Préfecture = le cédant et le nouveau propriétaire doivent parler français, être e-compatibles, et s’accorder pour se passer le code confidentiel remis quand le site en ligne le veut bien. On adore. Le délai d’un mois avant amende est dépassé. Et on applaudit. Les caisses du Trésor se remplissent. Merci Dr pour votre prescription !

    • Même chose pour la carte d’identité qui ne se fait plus dans 2 petites communes sur 3

  9. En 1966, Georges Pompidou -1er Ministre- avait dit à Jacques Chirac : « Mais arrêtez donc d’emmerder les Français ! Il y a trop de lois, trop de textes, trop de règlements dans ce pays ! On en crève ! Laissez-les vivre un peu et vous verrez que tout ira mieux ! Foutez-leur la paix ! Il faut libérer ce pays !  »
    Le malheureux homme doit se retourner dans sa tombe !

    • Dommage que sa vie politique a été courte. Le meilleur de la 5e république, de loin.

  10. Bonjour cher Docteur,
    au fil des articles vos propos on,t toujours la même couleur alors quand on les approuve pleinement on a l’impression de se lire soi-même. Et ça fait plaisir.
    Juste une question : acceptez-vous que je fasse passer ces excellents échantillons d’absurdités dans mes propres articles, blogs et sites et aussi bien sûr dans mes cours ? A quelle conditions ?
    Merci bon dimanche q’il en reste et à très vite.

    • Bonjour
      Je me base toujours sur des faits, qui appartiennent donc à tout le monde. Quant à la manière dont je les vois et que j’essaye d’expliquer, si je la diffuse, c’est pour qu’un maximum les lise. C’est donc sans limite, l’info est libre et reproductible. Les seules limites sont celles du Quotidien, je vous réponds en privé. Cordialement.

  11. Bel exercice, fécond, et assez drôle! Pas certain qu’il soit beaucoup lu ailleurs que par les lecteurs du Quotidien … Dommage!
    Continuez SVP, Merci

  12. Il y a eu le choc de simplification administrative: l’inscription dans la loi du principe selon lequel le silence vaut accord, quand on fait une demande administrative mais qu’on n’a pas de réponse dans les deux mois. Si le principe séduit, sa mise en œuvre a fait tiquer : la multiplicité des exceptions a rendu le dispositif peu lisible. en effet il y a eu plus de 3000 exceptions dont des exceptions d’exception.. au total ce fut un choc de complexification administrative

  13. Les risques liés à ces comportements de toute puissance étaient présents très tôt…nous en sommes au début de la prise de conscience de leurs conséquences!

  14. je suis totalement de votre avis depuis longtemps. Nous sommes écrasés et étouffés par les normes, et nous allons en mourir.

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