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Haro sur les médecins

Certains ne manquent pas une occasion pour dénigrer les médecins devant l’opinion publique. Notre confrère Dupagne est de ceux-là en lançant pétition et demande de modification du code de déontologie pour empêcher les médecins de sauter sur leurs patientes, faisant croire que c’est là une pratique qui pourrait être courante nécessitant de légiférer.

Rien n’est trop beau pour faire parler de soi et faire la une des journaux. Notre confrère est pourtant bien placé pour savoir que l’application du code de déontologie dans ses articles 2, 3, 7 et 31 permet déjà ces sanctions pour les comportements déviants, et qu’il y a déjà eu des condamnations. Pourquoi faire croire que rien n’est fait, qu’il faut légiférer, et que les médecins sont potentiellement tous coupables.

Les comportements déviants ne seront pas réglés en jetant l’opprobre sur toute la profession, pas plus que la limite de vitesse à 80 empêchera certains de conduire à 200 km/h sur des départementales ou l’abaissement du taux d’alcoolémie à 0 gr empêchera de trouver des conducteurs avec 3 grs.

Avec le même principe il faudrait interdire aux politiques d’avoir un contact avec des journalistes, interdire aux enseignants et aux hommes d’église d’avoir des contacts avec les enfants, professions où il y a peut-être plus de pédophiles que de prédateurs sexuels chez les médecins.

De plus l’application de la proposition ne règle aucun problème, pire, il en crée beaucoup plus, les innocents paieront pour les coupables. Interdiction d’avoir des rapports avec votre conjoint(e) si vous en êtes le traitant, interdiction de toute relation normale et saine, dénuée de toute déviance. Cerise sur le gâteau, pour les vraies déviances, il suffit de ne plus traiter pour continuer et en cas de problème faire valoir qu’on est en règle avec le code de déontologie.

Si l’Ordre a correctement répondu à la demande, je n’ai rien vu passer concernant les défenseurs de la profession : les syndicats. Il me semble pourtant qu’ils sont là pour défendre la profession quand elle est attaquée. On peut pourtant défendre l’ensemble de la profession sans pour autant défendre les fautes de quelques individus.

Prendre en otage toute une profession pour mettre en exergue ces individus n’est pas correct. Faire du doc bashing pour se faire connaître est une chose, conseiller aux intéressées de se plaindre et appliquer correctement un code de déontologie suffisant, c’est mieux que faire le buzz sur le dos de la confiance des patients envers leur soignant.

Gérard Maudrux

Gérard Maudrux

23 Commentaires

  1. une fois de plus, vous etes pertinent et pragmatique..
    mais ce docteur depagne merite t il qu’on relève sa démarche, voire qu’on lui prête attention..
    je suis marié avec ma secretaire, qui est aussi ma patiente, vais je prendre perpetuité devant les tribunaux.

    • On partagera la même cellule, ma femme était aussi secrétaire médicale. Espérons qu’il n’y aura pas d’effet rétroactif. J’ai toutefois de la chance, je n’exerçais pas encore. Ceci dit les intentions de notre confrère Dupagne sont bonnes, mais pas la proposition.

  2. Les quelques praticiens qui déshonorent la profession continuent de sévir parce qu’ils sont mieux protégés que ne le sont leurs patientes victimes. Vous avez raison, Dr Maudrux, le code de déontologie contient de multiples articles permettant la condamnation disciplinaire la plus sévère d’un médecin coupable d’infractions sexuelles notamment. Mais, ils ne sont pas appliqués autant qu’ils devraient l’être. Permettez-moi de vous rappeler que le code pénal contient lui aussi des articles sanctionnant le viol et que cela ne suffit pas à obtenir la condamnation des auteurs de viol. Les statistiques sont tristement stables: sur 100 viols, 10 sont dénoncés à la justice pénale, 1 seul sera condamné pénalement. La même « déperdition » de justice s’observe en matière disciplinaire. Telle est la raison pour laquelle la pétition du Dr Dupagne doit être défendue en tant qu’elle appelle une réflexion collective, menée dans l’intérêt des patientes et de l’ensemble de la profession médicale. Je proposerais par exemple que le texte de certains articles du code de déontologie soit obligatoirement présent dans la salle d’attente (avec indication du numéro du CDOM compétent et de la mission de l’Ordre) et/ou que les organismes de sécurité sociale s’acquittent de cette information dès le premier acte remboursé. Les patientes doivent être informées et les médecins convaincus de la nécessité pour le bien de tous de « faire le ménage » dans leurs rangs. Pas d’entre-soi, du respect et de l’audace; ne fermez pas les yeux: vos patiente(s) méchamment abîmées par un petit nombre de vos confrères méritent une protection active de votre part.

    • Je suis d’accord avec vous sur le fond, mais le vrai problème est ailleurs. Ce sont les 90% qui ne portent pas plainte, pour des raisons essentiellement psychologiques, et une couche de plus dans les textes ne règle pas ce problème. Il faut les aider par d’autres moyens, qui de plus ne feraient pas penser que les médecins sont des prédateurs potentiels, mais plutôt pour la très grande majorité des soutiens.

      • 90% ne portent pas plainte parce qu’elles peuvent être dissuadées par les statistiques, d’abord, et par la crainte d’une survictimisation (au demeurant, bien réelle). Quant aux 10% qui portent plainte, 80% disent qu’elles ne l’auraient pas fait si elles avaient su. J’ajoute que les médecins n’incitent pas les patientes à porter plainte. « Pardonnez et tournez vous vers l’avenir ». On peut entendre un tel discours (même si je suis en total désaccord). Mais reconnaissez que ce discours laisse les praticiens hors-la-loi au sein d’une profession qui mérite mieux. Les Français placent une très grande confiance en vous.

        • L’exercice de la profession de psychiatre offre à celui-ci une fenêtre unique sur ses patientes. Peu de professions permettent cela. Pour cette spécialité, des règles très strictes s’imposent.

          • La profession, et plus particulièrement certaines spécialités sont très exposées, infiniment plus que d’autres professions. Pourtant les scandales ne sont pas si nombreux. Pour d’autres professions, il ne se passe pas de semaine sans articles de presse, alors qu’un médecin est rarement mis en cause.

  3. Cher collègue blogeur : vous écrivez : « …aux enseignants et aux hommes d’église d’avoir des contacts avec les enfants, professions où il y a peut-être plus de pédophiles que de prédateurs sexuels chez les médecins. »Cette phrase vous a sans doute échappé, on ne peut pas écrire des choses comme ça, c’est jeter l’anathème sur des professions ou vocations, aussi respectables celle de médecins, c’est utiliser exactement le même procédé que celui que vous critiquez fort justement chez le Docteur Dupagne. pardonnez ma réaction mais mon épouse est enseignante et elle s’est senti fort blessée par ces mots.

    • Bonjour
      Nous sommes d’accord. Quand on dit la même chose et qu’on change les professions pour traiter du même sujet le message passe mal. Il s’agit effectivement du même message. Votre femme se sent blessée car enseignante, tout comme moi je me sens blessé pour les mêmes raisons, qui font que le besoin de légiférer tel qu’il est présenté, fait penser que les médecins ont des facilités pour abuser de leurs patients et qu’il faut mieux protéger la population de ces prédateurs potentiels. Cordialement.

  4. j’ai lu quelque part que ce médecin intervenait pour que la plainte de cette dame soit connue, pourquoi elle et pas les autres ?
    on devrait faire aussi une loi pour qu’ un pére n’abuse pas de son enfant, qu’un avocat n’abuse pas de sa cliente, qu’un expert comptable n’abuse d’une cliente, un contrôleur fiscal n’abuse pas d’une personne contrôlée, un policier d’une personne en garde à vue, un politique de toute personne qui vient de lui demander de l’aide….
    il ne s’agit pas d’un problème de profession mais d’être humain qui se pense que tout est permis dans une société où la femme est un objet qui s’offre à voir à tous (voir toutes les publicités, les films, feuilletons, les émissions) et pourquoi pas à lui ?

  5. Bravo à Maudrux,toujours pertinent dans sa colère. Une petite remarque toutefois: ledit « bashing »ne s’adresse pas qu’aux médecins;il vise tous les « privilégiés » qui ont des responsabilités : cheminots,pilotes d’avions,chercheurs,et bien d’autres: les censeurs,eux,savent faire valoir leur »génie »en ne foutant rien que d’emmerder ceux qui prennent des risques. Et il y a les « collabos »….

  6. Bonjour, je ne suis pas trop d’accord avec votre billet, sauf concernant la propension actuelle au doc bashing et la veulerie de nos représentant syndicaux.
    Je ne connais pas les articles 2 3 7 et 21 mais si j’ai bien compris l’argumentaire du Dr Dupagne, le principe d’interdiction évoqué a pour but de renverser la charge de la preuve, que cela incombe ainsi non plus à la victime supposée mais au professionnel de santé incriminé, et cela change vraiment tout pour les victimes … car elles/ils existent !
    Mais je comprends que cela soit trés délicat de changer la situation actuelle car forcément il y a le risque et la crainte au quotidien d’être faussement incriminé par des patients … ce serait alors une pression supplémentaire immédiate dans notre exercice: comment nous gérerions cela ? je pense en pariculier lors des examens des sphéres intimes, il y a un risque réel de recul dans les soins, mais une remise en question des modalités d’examen de chacun pourrait peut être valoir la peine ?
    C’est un vrais dilemme que des juristes devraient pouvoir étudier au mieux afin de protéger efficacement l’intégrité de ces personnes victimes.
    J’apprécie beaucoup Mr Dupagne, ses voies de faits sont toujours rafraîchissantes, … ayant dis cela, je ne connais pas toutes ses opinions (ce serait bien présomptueux) ni même son urbanité au quotidien … mais quel interêt dans un débat de fond !
    Salutations

    • Bonjour
      Je ne doute pas un seul instant de la bonne intention de départ, mais le résultat est et sera négatif pour la profession et sans effet pour les intéressé(e)s. Inverser la charge de la preuve ? Nous sommes alors dans le droit américain et pas français, avec ses défauts (le nôtre en a aussi) et cela permet de fausses accusations, le confrère n’aura aucune possibilité de prouver le mensonge. Dans l’autre sens, avec les moyens modernes (portables qui font tout, plainte et prélèvement après l’acte,…) il est plus facile de coincer le coupable que de prouver à postériori l’absence de faits.
      Voyez le premier commentaire à mon billet d’une consoeur victime qui montre bien que l’arsenal répressif existe. Certes les articles en question ne jugent pas de tel ou tel acte et jugent du comportement, mais ils permettent de condamner, et des condamnations, il y en a eu, plus qu’on ne le pense. Et comme je le dis à notre consoeur, quand une femme veut se battre, elle le peut. Quand à celles qui ne le font pas, surtout celles qui ne peuvent le faire pour des raisons parfois compréhensibles, ce n’est pas un article de plus ou de moins dans le code qui changera quoi que ce soit. Même chose pour les confrères fautifs, ce n’est pas un article de plus qui les empêchera d’agir, ils savent déjà qu’en cas de plainte, ils sont condamnables et condamnés.
      Cordialement

  7. Vous avez parfaitement raison quant au silence des syndicats mais aussi de l’Ordre. Quant on compare avec les interventions récentes des défenseurs de l’homéopathie, on se dit qu’il n’y a plus grand monde pour défendre le médecin de base.

  8. qui c’est Dupagne ?Au cabinet , ya ceux qui veulent pas enlever la Burka ,ceux qui veulent garder le Pagne… On empechera pas les DUCON de parler !! Pour les médecins ça devient de + en +difficile!! Vas y Maudrux !!

  9. Bravo et merci cher Gérard Maudrux, une fois encore, pour ton article.
    C’est bizarre que le « confrère » en question ne soulève pas l’éventualité d’un client mâle courtisé par un médecin de sexe féminin, ou aussi par un médecin de même sexe et aux pensées homosexuelles …
    Tu l’as très bien dit, les articles de lois existent déjà pour condamner le fait de profiter d’une « position relationnelle » dominante, d’une relation de pouvoir quel qu’elle soit.
    Et tout ceci est bien sûr à combattre.
    Ceci étant précisé, va-t-on bientôt foutre la paix aux adultes en général, et aux médecins en particulier (de sexe masculin ou féminin), et leur laisser le droit de disposer librement de leur corps et de leur c..
    Je propose au « confrère » en mal de réglementation de suggérer aux médecins des tranches horaires imposées pour aller pisser quand ils consultent, et même (pour ceux de sexe masculin) dans quelle main ils doivent tenir…dégrafer leur braguette.
    Autant les abus de pouvoir machistes dans les hôpitaux de la part de médecins-mâles en rut ou en recherche désespérée d’estime d’eux-mêmes, sont insupportables et me révoltent, autant cette proposition imbécile et ayatollesque m’insupporte.
    Bien confraternellement,

    Dr Jérôme Lefrançois

  10. Encore une fois , vous exprimez avec talent et justesse ce que je ressentais . La réponse tant ordinale que judiciaire est déjà disponible . Je ne partage pas l avis de M Dupagne dont je lisais le blog avec intérêt .

  11. Quelle drôle de société qui s’attarde sur une absurde pétition d’un comique inculte. Pourquoi les médias acceptent de publier une pétition aussi vide?

  12. bravo, encore une fois ! j’ai été victime d’un viol par un con-frère . L’ordre a réagi immédiatement : il a été radié( j »avais des preuves) . Par contre, plainte classée sans suite par la justice, malgré ces mêmes preuves

    • Vous démontrez bien que quand une femme veut se battre, elle le peut. Quand à celles qui ne le font pas, surtout celles qui ne peuvent le faire pour des raisons parfois compréhensibles, ce n’est pas un article de plus ou de moins dans le code qui changera quoi que ce soit. Même chose pour les confrères fautifs, ce n’est pas un article de plus qui les empêchera d’agir, ils savent déjà qu’en cas de plainte, ils sont condamnables.
      Cette action irréfléchie avec de bonnes intentions au départ, dessert la profession dans son ensemble, sans rien apporter au fond du problème.

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