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La fin de la médecine libérale programmée ?

Il y a 15 jours, Monsieur Jean Paul Delevoye, Haut-Commissaire à la réforme des retraites, déclarait sur France Inter : « On me dit que dans les facs, les étudiants en médecine disent « on veut être plus salariés que médecins libéraux » : c’est la fin du système de retraite des médecins libéraux […] « , ceci sans doute pour préparer sa venue aux 70 ans de la caisse 10 jours plus tard (billet à suivre), et expliquer qu’avec la réforme en vue, ce n’est pas grave si la caisse disparaît, puisqu’elle n’aura plus de cotisants. Ce discours n’est pas anodin, sur plusieurs points.

Expliquer aux médecins que si leur caisse disparaît, ce n’est pas un problème, c’est d’abord reconnaître que la réforme va faire disparaître les caisses professionnelles, du moins les régimes complémentaires qu’elles gèrent (que restera-t-il sans ces régimes ?). C’est ce qui est prévu et on prépare le terrain pour dire que ce n’est pas grave, pour dire qu’elles n’ont ou n’auront plus grande utilité. Premier aveu.

Deuxième point, en haut lieu, on pense que l’évolution de la médecine libérale vers le salariat est une évolution sinon normale, naturelle et inéluctable, en tous cas souhaitée (voilà qui va ravir le syndicat MGFrance).

Si certains prennent leurs désirs pour réalités, la réalité ne semble pas tout à fait celle-là, du moins celle de quelques étudiants formatés aux 35 heures, aux RTT et repos compensateurs que ne connaissent pas les médecins libéraux. Les chiffres des affiliations de la caisse contredisent ces affirmations. 5 500 affiliations pour les 12 derniers mois, cohérent avec le numérus clausus d’il y a 10-12 ans : 7 100. Il y a 10 ans les affiliations étaient de 3 000 pour un numérus clausus de 3 600 10-12 ans plus tôt. On s’installe même de plus en plus jeune. Non les jeunes croient encore à la médecine libérale (sans compter les démissions en masse du service public), on n’a pas encore réussi à les décourager.

Non la pénurie n’est pas due à la désaffection des étudiants pour la médecine libérale, mais à 20 années d’erreurs de gestion du numérus clausus, ou plutôt à une gestion irresponsable de celui-ci, le mot erreur étant trop gentil, car la pénurie est une décision réfléchie et volontaire (« diminuer l’offre pour diminuer la demande »).

Si leur caisse de retraite disparaît demain, ce ne sera pas faute de combattants, mais par la volonté des pouvoirs publics, on ne pourra pas accuser les médecins d’en être responsables.

Enfin si cette évolution de la médecine libérale est un désir dans les hautes sphères parisiennes, rappelons-leur qu’ils sont là pour les Français, et que les Français sont très attachés à la médecine libérale. Alors qui doit-on défendre : quelques étudiants, ou la population française ?

Gérard Maudrux

Gérard Maudrux

22 Commentaires

  1. Bonjour,
    je relance la question, je considère la réponse cruciale pour le débat !
    Alors c’est bien la réalité ? Proportionnellement autant les généralistes que les spécialistes continuent à s’installer en libéral ? L’attrait du premiers soins en libéral reste aussi vif qu’avant ? La CARMF a ces chiffres. Je voie autour de moi que des installations de spécialistes ont lieu régulièrement et surtout en clinique, par contre des généralistes quasiment jamais !

  2. en tant que jeune medecin pas encore installé je confirme que à mon sens l’exercice liberal reste attractif si l’on compare avec le salariat d’autant que les salaires proposés restent en general bien loin de ceux des cadres de grandes entreprises alors que nous avons les responsabilités en plus.
    concernant la caisse j’ai pu beneficier de l’action sociale ca fonctionne très bien et c’est très appreciable, qu’est ce que cela va devenir en cas de disparition ?
    pour le reste difficile à dire…notre caisse est bien gerée et vertueuse mais à quoi bon ? cela sert à payer de la compensation pour les caisses qui sont mal gérées …
    quand au fond du système actuel : la repartition, ok mais le système semble pourtant très inegalitaire entre tous les actifs, chacun ayant ses petits privilèges…le paroxysme ? peut etre les fonctionnaires de l’assemblée nationale : un système de retraite permettant d’obtenir une pension au dela de ce que n’importe quel medecin ne pourra jamais obtenir par ses cotisations ….est ce juste ?
    quand on sait très bien qu’actuellement beaucoup de personnes capitalisent à coté car qui plus est à priori l’etat paiera de moins en moins ..( que deviendront nos cotisations au RB et à l’ASV d’ailleurs ? Est ce que quelqu’un a seulement la reponse à l’heure qu’il est ) … le système a t-il encore un avenir ? pour les politiques sans aucun doute vu que pour eux il est avantageux …

    • Je suppose que c’est une réponse à Arg. Il faut toutefois préciser que c’est malheureusement vrai pour un revenu net supérieur à 200 000 euros, ce qui n’est pas le cas de beaucoup.
      Je ne sais pas si mon « malheureusement » est juste, car il faut voir à quoi cela correspond.
      1) S’il ne payait pas cette somme, il déclarerait non pas 200 000€ au fisc, mais 230 000€, ce qui lui vaudrait 13 500€ d’impôt en plus et 3 000€ de prélèvement sociaux. La Carmf ne lui coûte donc réellement que 13 500€ en pouvoir d’achat.
      2) 35 années de cotisations à ce niveau donnent une retraite de 58 280€/an, qu’il touchera pendant 22 ans. Au total il aura déboursé 35×13 500 = 445 000€ et touchera 22×58 280€ = 1 282 000€, soit 3 fois plus. Sans compter que s’il y a une veuve, cela fait 6 années de plus à 29 000€ soit 174 000€ de plus.
      Si la première partie de ses propos n’est pas fausse et est due à une situation personnelle dont il n’est pas très convenant de se plaindre (il peut travailler moins s’il veut payer moins), la seconde elle bien mensongère.

  3. Il existe de nombreux jeunes médecins qui s’installent en libéral. Ils savent que dans quelques années, il n’y aura plus d’argent pour financer le fonctionnariat. Et la désillusion va s’installer: suppression de centres financés ici par une commune, là par un conseil départemental, ou licenciements ici dans un hôpital, là dans une clinique. Et alors, quel nouveau gâchis. Jeunes médecins, installez-vous en libéral et défendez votre profession. On est en train de vous leurrer. Vous pouvez vous organiser pour vivre heureux, et surtout libres. Mais n’envisagez pas cette solution une fois mis à la porte d’un salariat certes pour l’instant attirant, mais nullement pérenne. La réinsertion dans l’exercice libéral sera difficile.

  4. Les jeunes médecins ne sont intéressés ni par l argent ni par le statut social. Par contre la qualité de vie est primordiale. De plus la féminisation dépasse largement les 50%
    Dans ce contexte comment rester en Libéral ?
    Si vous êtes salarié avec une maison médicale financée par la mairie et bientôt une assistante qui gérera les RV, biométrie etc…pourquoi hésiter
    Une de mes connaissances vient de reprendre un cabinet avec un confrère. Elle est en semaine de 4 jours. …
    la plupart de ses camarades de promotion sont encore remplaçants. Peu de besoin ( ni belle voiture ni résidence secondaire) donc pas besoin de travailler tous les jours. C est génerationnel ..

    • Non seulement ils ont programmé la pénurie en espérant que moins de médecins = moins de dépenses (raté à ce jour), mais ils n’ont pas anticipé la féminisation et le fait qu’un jour les médecins voudrons légitimement avoir les mêmes droits que les autres travailleurs (surtout quand ils seront les derniers à ne pas les avoirs). Quand on pense que cela a été fait du temps où on estimait qu’un « ministre du temps libre » devenait nécessaire, apparemment ils ne le prévoyaient pas pour les médecins !

  5. les pièces du puzzle de la nouvelle politique »de santé » se mettent progressivement en place à bas bruit depuis plusieurs décennies :fin du numérus clausus et bientot création d’un corps d’officiers de santé (voir la définition wikipedia ).Seul quelques étudiants en medecine deviendront docteur en medecine ,les autres seront affectés d’office au bon vouloir des pouvoirs publics.Les plus dociles deviendront pleinement medecins vers 45 ans.N est il pas temps que les syndicats médicaux se réveillent et s’unissent face à l’éclatement de la medecine ?

  6. J’ai vécu en direct les débuts de l’étatisation de la médecin libérale. Fin 2007, nous faisons renaitre les gardes postées et je deviens le coordonnateur de mon secteur. 2009 voit l’arrivée des ARS. Elles deviendront bientôt responsables de l’organisation de la PDSA. Tel un cheval de Troyes, la nouvelle administration avance avec prudence: réunions conviviales permettant de brosser les médecins dans le sens du poil. Les astreintes sont rémunérées très confortablement. Les administratifs, très compétents dans leur domaine, découvrent un monde complètement nouveau pour eux. Les médecins sont donc écoutés, flattés et tout se passe pour le mieux entre les 2 parties pendant quelques années. Mais brutalement fin 2015, le ton change. Certains secteurs de mon département sont fermés sans préavis sous prétexte de non rentabilité. Sentant le vent tourner et n’ayant pas été habitué dans mon activité libérale à subir des décisions administratives autoritaires, je démissionne fin 2016. A partir de 2017, je deviens retraité actif. J’observe évidemment les projets actuels avec attention. Les ARS auront d’abord un pouvoir incitatif pour lancer les CPTS. Mais l’obligation est inévitable à terme et elle signera la fin définitive de la médecine libérale.

  7. bien d’accord avec vous gerard..
    et quand ces medecins salariés seront confontés à toute les lourdeurs administratives de leur employeur, ils déchanteront..
    sans parler des contrats de travail qui sont des CDD de quelques années…donc la pression du renouvellement de contrat et le doigt sur la couture pour obeir à un administratif

  8. Quand on voit le taux de féminisation de la profession, et qu’une première commune est prête à offrir 8.000 € (bruts) par mois pour 35 heures, on peut quand même penser que, pour les omnipraticiens en tous cas, l’attrait du libéralisme à peu de chances de perdurer…

    • Je pense que c’est une bonne remarque : qui continue à s’installer en libéral ? proportionnellement autant des généralistes que des spécialistes ? L’affirmation que l’attrait de l’exercice libéral perdure mériterait d’être précisé.

      • Quand les salaires ne sont pas limités par la grille de la fonction publique, c’est favorable pour les confrères avec la pénurie. Pour la fonction publique le bon coup sera « intérimaire à durée indéterminée ». J’ai le souvenir, il y a déjà longtemps d’un département (le 18 ou le 23 ?) avec un seul hôpital, 2 anesthésistes, l’un titulaire, l’autre ayant refusé malgré le poste vacant, était « intérimaire » ou « remplaçant ». Les deux travaillaient en équipe, le second choisissait tous les congés qu’il voulait, et gagnait deux fois plus. Ceux qui démissionnent en masse du public devraient s’en inspirer pour retravailler dans d’autres conditions. Espérons qu’un jour il ne se passe pas la même chose en libéral, car la transposition, c’est une médecine à deux vitesses, les confrères étant non conventionnés pour travailler librement.

  9. La fin de la médecine libérale est programmée … depuis longtemps …
    La destruction a commencé avec le numérus clausus et le fameux MICA … deux actions qui ont manifestement ignoré ce qu’est une table démographique et ce qu’elle dit … moi, je n’ai pas fait ENA et j’ai une cervelle.
    Le problème est encore plus grave parce que s’ajoute la destruction des hôpitaux de proximité au fallacieux prétexte que la « sécurité » n’y serait pas optimale … mieux vaut accoucher dans sa voiture que dans une structure c’est pour la « sécurité ». « ON » ferme la mater puis la chir puis la médecine et faite 100 km à 80 km/h afin de trouver une structure hospitalière toujours pour la « sécurité »

  10. La carmf ? Elle nous prend 30000 par an soit disant placé à 5 % ,il faudra donc vivre jusqu à 125 ans pour recuperer son dû………

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