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Retraites : France-Brésil bientôt le match ?

Il y a au Brésil un Président bis, chargé de 5 ministères réunis, et qui a une influence non négligeable sur le nouveau Président. Il a annoncé haut et fort que son premier chantier prioritaire serait une réforme des retraites par répartition qui plombent l’économie, et que « cette réforme nous permettra d’obtenir 10 années de croissance ». Utopie ? Promesse électorale ? Délire ? Cette phrase a fait tilt chez moi, et je suis sans doute en mesure de vous donner en primeur l’esprit de cette réforme, et son résultat qui n’a rien d’utopique, car cela a déjà été fait avec succès.

Paulo Guedes n’a pas fait l’ENA, mais des études d’économie au Brésil, qu’il a terminé à l’université de Chicago, chez Milton Friedman, passant sa thèse en 1979, avec depuis comme crédo l’ouverture économique, des impôts faibles, une simplification des barèmes fiscaux. Il propose aujourd’hui une baisse de l’IS (comme on souhaite le faire chez nous), une tranche d’IR inférieure de moitié à la nôtre, mais une TVA du même niveau voire supérieure à la nôtre (avec une tranche basse pour les produits de nécessité), les taxes sur la consommation étant l’impôt le plus juste, ce que j’ai toujours défendu. Ces propositions en font bien entendu dans notre presse un ultra libéral.

Vu son âge, il a certainement croisé à Chicago José Pinera, frère de l’actuel Président du Chili (centre droite), qui a strictement le même âge et a fait la même université. Il se trouve que José Pinera a réformé les retraites par répartition au Chili à sa sortie de l’Université (il avait 32 ans). Cette réforme a engendré 20 années de croissance moyenne du PIB de 7 % et a mis fin aux grèves massives du pays connues à l’époque du monde entier.

Cette réforme, je l’ai décrite dans mon livre il y a 20 ans, je vais vous la résumer et pour ceux qui en veulent un peu plus, vous trouverez ci-joint les pages correspondantes ( https://blog.gerardmaudrux.lequotidiendumedecin.fr/wp-content/uploads/2019/01/Retraites-Chili.pdf  ). Qu’a-t-il fait ? Il est passé du tout répartition (adopté par le Chili bien avant nous), au tout capitalisation, et surtout d’une manière assez extraordinaire.

Tout d’abord, il en a laissé le choix totalement aux citoyens : vous pouvez rester dans l’ancien système, vous pouvez passer dans le nouveau, vous êtes libres, c’est vous qui choisissez, il n’y a rien d’imposé. En quelques années, en voyant le résultat, la population au début méfiante, y est passé en presque totalité. Chacun avait son petit carnet et pouvait contrôler sa future retraite tous les mois.

Ensuite il faut savoir que passer du tout répartition au tout capitalisation est quasiment impossible. Pourquoi ? Parce que du jour au lendemain, il faut doubler la cotisation. La première moitié est pour payer les retraites en cours (somme qui va diminuer sur 60 ans avec l’extinction progressive des droits), et la seconde pour constituer sa propre retraite par capitalisation.

C’est là que Pinera a été très fort. Il a privatisé et consacré ces privatisations au paiement des anciens droits qui ont été pris en charge par l’Etat, pas par les nouveaux cotisants. Son raisonnement ? Le patrimoine de l’Etat a été constitué par les travailleurs, il leur rend ce capital à la retraite. Lumineux ! Et les autres se constituent leur propre capital.

Le résultat collatéral de cette réforme est que les Chiliens se sont intéressés à l’économie de leur pays, car cette économie, les entreprises, c’est leur patrimoine, c’est leur retraite. Plus de grève, il devient plus intéressant de soutenir l’entreprise plutôt que de la démolir. Imaginez que la retraite des cheminots soit indexée sur la valeur de la SNCF, et vous avez tout compris sur la fin des grèves et la qualité des services. Résultat : une croissance soutenue pendant très longtemps, exactement ce qu’espère Paulo Guedes.

Est-ce que ce qui a été fait au Chili en 1981 est transposable au Brésil de 2018, voire à la France ? Pour la France la réponse est non, on a déjà vendu tous nos bijoux de famille, l’Etat n’a plus que des dettes, ce qui ne va pas loin pour prendre en charge les anciens droits. Pour le Brésil ? Je ne sais, et ai quelques doutes, sans avoir tous les éléments.

Guedes veut privatiser, il a plus de 150 entreprises à privatiser, dont le géant Petrobras. Est-ce suffisant, je ne sais. De plus il a annoncé qu’il voulait aussi privatiser pour diminuer la dette (75% du PIB contre 100% chez nous) de 20 à 25% (chez nous on privatise pour payer une partie des intérêts). Il aura de nombreux obstacles devant lui, dont le premier, Bolsonaro, qui député avait des positions protectionnistes et anti privatisations. Cet obstacle semble avoir été franchi, mais le plus dur reste sans doute à venir.

Les doutes que j’ai ne sont pas forcément un mal. En effet, il y a 25 ans j’écrivais que le tout capi au lieu du tout répartition me gênait un peu, préférant pour plus de garanties le 50-50. Je n’ai pas changé d’avis, et ce sera sans doute une obligation pour Guedes, donc pas forcément un mal même si cela peut être un échec pour lui.

En tout cas cela sera intéressant à suivre, car dans le même temps, la France a choisi le chemin inverse, en voulant renforcer la répartition et le rôle de l’Etat alors que le monde entier essaie d’en sortir progressivement. Ce qui se prépare est une étatisation totale de toutes nos caisses, et une perte du dernier espace de liberté (certes relative) de toutes les branches professionnelles. Le tout « démocratiquement » obligatoire et non facultatif.

Gérard Maudrux

Gérard Maudrux

12 Commentaires

  1. Cher Dr Maudrux , Cher Confrère , je pense que vous ne réalisez toujours pas le mal que vous avez fait en elargissant l assiette des cotisations aux dividendes des SEL . Vous l avez imposé de façon unilatérale , puis comme la CARMF a perdu contre moi en appel , il a fallu que les ministres de Sarkosy fassent voter une loi pour vous donner raison dans votre démarche
    « d équité » . Ainsi tous les dividendes ensuite de tous types de société ont été intégrés dans l assiette des cotisations non seulement retraite mais sociales type URSSAF …..Dr Maudrux vous avez participé à l assassinat de la vocation des dividendes à savoir leurs distributions , à l assassinat de l intérêt d ètre en Société tout cela pour faire perdurer le système par répartition et exlusivement le système par répartition .
    Or ce dernier est basé sur la solidarité intergénérationelle .
    Croyez vous que les millénials vont souscrire à cette solidarité ?
    La solidarité intergénérationelle est morte en Mai 1968 , la révolution des égoistes qui n auront laissé à leurs enfants que Taxes , impots , chomage , pollution et disparition de l ascenseur social .
    Toute cette génération de soixante huitard qui aura pris en grande majorité sa retraite entre 50 et 55 ans et qui considère que maintenant il faut travailler plus longtemps même si on continue de tomber malade au même àge .
    La retraite par répartition ce n est pas seulement une question d argent et de financement , c est plus profond c est une question de
    Solidarité entre les générations . Cette dernière n existe plus ou sinon sous tout autre forme : les élans d écologie chez ceux qui ont eu 4 et 5 enfants
    Cf Ségolène Royale .

    D autant que tout est fait dans notre système fiscal pour couper les derniers vecteurs de la solidarité entre les générations :
    L ISF ou L IFI
    Les droits de succession
    La transmission des entreprises

    D un côté on assassine la famille , le patrimoine familial
    la transmission de l outil familial car dans ce contexte la solidarité entre les générations est «  anti-sociale » et d un autre côté on fait perdurer le système par répartition car dans ce contexte la solidarité entre génération est « noble »

    Il n y a pas plusieurs types de solidarité entre les générations : il n y en a qu une et aujoud hui elle est à l agonie !

    La réforme des retraites , ça commence par laisser les familles reconstruirent leur solidarité : c est avant tout l éducation mais c est aussi le patrimoine .

    La réforme des retraites ça commence par la suppression de :
    – l IFI
    – Des droits de succession
    – Des plus values sur l outil de travail

    …. apres on peut discuter tant qu on veut , la retraite par repartition est un modèle mathématique impossible qu il aurait fallu modifier il y a longtemps au lieu de l amplifier tel l integration des dividendes dans l assiette des cotisations .

    … peut être considérer que les retraites par répartition ( comme au début d ailleurs ) ne sont pas des revenus et supprimer l IR sur les deux premiers mille € de retraite : ça éviterait de les augmenter indéfiniment .
    Considérer que au delà de 2000 € il n y a pas de réajustement lié au coût de la vie .

    Mais n importe comment réformer le système de retraite c est d abord laisser la LIBERTE aux gens et aux familles de s organiser , de reconstruire la solidarité entre les générations qui est aussi la base de la répartition.
    Et cela ça passe par la suppression de l IFI , des droits de succession , des plus values sur l outil de travail ….autant de prélevements qui indirectement impactent l equilibre précaire de la répartition .

  2. Il y a 2 choses dans ce billet.
    1/ Un plaidoyer pour un système de retraite de base en répartition et un système de 2ème niveau obligatoire en capitalisation.
    2/ Des considérations sur ce que va faire, peut-être Bolsonaro
    Sur le point 1, pas de surprise de la part du Dr Maudrux. Les projets actuels ne vont pas dans ce sens puisque la répartition de base devrait se faire jusqu’à des niveaux de revenu élevés. J’ai laissé sur le site un avis pour regretter ce niveau beaucoup trop élevé ne laissant en pratique que bien peu de place à la capitalisation, encore moins que maintenant.
    Bien entendu je ne me fais aucune illusion sur l’utilité de cette démarche.
    Sur le point 2 et le personnage sulfureux B.., en tant qu’abonné du Canard je vois cette semaine cette citation d’un neveu du Maréchal Hindenburg au début des années 30: « Hitler est sûrement un criminel, mais c’en est un, au moins, qui a de l’envergure. Alors pourquoi ne pas l’essayer, puisque les imbéciles le souhaitent tant. »
    Il me semble que les allemands on eu tort d’essayer.
    Ce n’est pour comparer les 2 personnages mais pour dire que il faut être prudent dans ses expériences et par exemple essayer Marine…
    Tout dépendra sans doute de la solidité des institutions qui se sont effondrées très rapidement sous Hitler mais qui tiennent sous Trump, là encore sans comparer les 2 personnages.

  3. en réponse à Etienne Faure: le conseillers conseillent, ils ne reçoivent pas de conseils, ils savent tout étant formés à l’ENA ils n’ont donc pas besoins de s’informer auprès des économistes ou de notre confrère Maudrux ou de tout ce qu’ils pensent leur être inférieur et on voit bien le résultat

  4. Il vaut mieux imiter les pays scandinaves. , c’est solidaire, ça marche, et c’est moins loin

    • Pour la Suède et le Danemark, c’est ce que je préconise, avec 2 piliers, un en répartition, l’autre en capitalisation. Macron n’en veut pas, et c’est sans doute ce qu’auront les Brésiliens. Pour la Norvège, on n’en parle pas, elle a constitué un joli bas de laine avec le pétrole et le gaz naturel (recettes = 20% du PI, 30% des investissements). La banque centrale possède un fonds souverain de plus de 1 000 milliards de dollars, dont les seuls intérêts représentent bientôt 10% du budget de l’Etat. Ils peuvent se permettre un régime de base dont les prestations sont indépendantes des salaires et des cotisations. Nous n’avons pas ces recettes colossales qui tombent du ciel (ou plutôt qui sortent de terre) et qui leur donnent un PIB par habitant des plus élevé au monde.

      • Oui mais qui capitalise ?
        L’individu tout seul qui borsicote et tant pis si ça coule. Ou bien une caisse solidaire voir l’état qui gère en bon père de famille ?

        • Les caisses pas les individus. Voir mon article écrit plus haut (lien dans le billet) : Au Chili, il y avait à la création 16 fonds mis en concurrence et le salarié pouvait en changer s’il était moins bon qu’un autre.
          Par ailleurs il ne faut pas confondre bourse et retraite par capitalisation, et sans doute remplacer capitalisation par épargne. Avec 1/3 immobilier, 1/3 actions et 1/3 obligations vous êtes à peu près tranquille sur le long terme, plus que la répartition qui a divisé ses rendement parfois par 10 sur 2 générations pour certains régimes.

  5. CHER CONFRERE, retraité comme toi, pathologiste, je lis très assidument, semaines après semaines, tes blogs que j’admire par leur pertinence et leur bon-sens. je me demande à chaque lecture si tu ne pourrait pas publier aussi ces blogs sur des supports autres que le Quotidien, et s’assurer qu’ils soient lus par les décideurs de l’Etat ! Par contre je n’ai aucune idée de ce que les « conseillers » peuvent lire ou consulter pour délivrer leurs conseils ?? Ta perspicacité et ton expérience devraient pouvoir t’aider à trouver cela; et je t’en souhaite la réussite !
    En 95 suite aux textes « Jupé » nous avions défilé à Paris, tout le long du trajet de Port Royal aux Invalides j’ai brandi une pancarte sur laquelle j’avais inscrit « SUPPRIMON L’ENARCHIE – SUPPRIMONS L’ENA » ; ce qui est toujours d’actualité ! !

    • Les 2 derniers presidents lisaient L equipe et l avant dernier emmenait sa conquete chez mickey.et on a du voter pour des guignols. L actuel a au moins la qualite d etre plus dans son role

    • Tout à fait d’accord pour publier ces blogs ailleurs que sur le quotidien du médecin. Je l’ai déjà suggéré plusieurs fois… en vain…

  6. Ah Ah il n’a pas fait l’ENA

    et puis à FranceInfo ils ont dit que Bolsonaro était est d’extrême droite donc tout est mauvais
    chez nous ça va bien la preuve chaque samedi
    à demain

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